Ensemble Huelgas
(photo : Luk van Eeckhout)
Fondé dans les années 1970 par Paul Van Nevel, l’Ensemble Huelgas explore le répertoire du Moyen-Âge et de la Renaissance et nous fait découvrir des compositeurs oubliés tels que Nicolas Gombert, Claude Le Jeune, Johannes Ciconia, Pierre de Manchicourt et bien d'autres grâce à un travail de recherche très minutieux. Les médias louent la vivacité spontanée et la clarté extraordinaire avec laquelle le Huelgas Ensemble présente son répertoire et établit constamment les nouvelles formes. Ses interprétations, tout en subtilité, témoignent d'une connaissance approfondie et d'une maîtrise assurée des normes musicales de l'époque.
L'ensemble se produit aux importantes festivals et salles de concert en Europe comme à Saintes, Bruxelles, Bruges, Anvers, Lille, Klagenfurt, Evora...) et remporte de nombreuses récompenses (Prix Caecilia de l'Union de la Presse Musicale Belge, Choc de l'Année du Monde de la Musique, un Edison Award, un Cannes Classical Award de musique ancienne, un Prix in Honorem de l'Académie Charles Cros, distinctions de l'Union Européenne de Radio et de la Radio Canadienne).
L’Ensemble Huelgas est subventionné par le Gouvernement flamand, la Province de Brabant flamand et la ville de Louvain.
À propos de l’Ensemble Huelgas, Geert Van Istendael, écrivain belge, essayiste et mélomane écrit:
Ceux qui ont eu le privilège, dans les années 70 du siècle dernier, d'assister à l'un des premiers concerts de Paul Van Nevel et son tout jeune Ensemble Huelgas, en parlent encore aujourd'hui. Deux mots s'imposent dans tous les récits : perplexité et exaltation.
L'exaltation reste, même au bout de plus de trois décennies. La perplexité à l'écoute des sons étranges et neufs que cette musique immémoriale nous transmet par-delà les siècles, cette perplexité devrait normalement s'estomper au fil des années. Or, il n'est est rien. Car refusant de laisser son public s'engourdir, l'Ensemble Huelgas présente sans cesse des maîtres encore inconnus. Jamais Paul Van Nevel ni ses chanteurs ne s'en lassent, jamais le public ne s'en lasse. Et le nouveau public est toujours émerveillé.
Il y a quelques années, lors d'un premier concert à New York, le très respectueux Newsday parla d'un instrument de précision et écrivit que les New-yorkais se rendaient enfin compte de ce qu'ils avaient si longtemps manqué. Le New York Times qualifia l'Ensemble Huelgas de superb. C'est dans ce registre que leur sont prodigués des louanges des Etats-Unis au Japon et bien sûr, dans l'Europe entière, à Saintes, à Bruxelles, à Lille, à Klagenfurt, à Evora et partout ailleurs.
Parfois, on appelle Paul Van Nevel un détective musical, Hercule Poirot ou Morse, selon les préférences. Il passe en effet près de la moitié de sa vie en fouillant les bibliothèques.
Tu pénètres dans les cachots de papier
tu exerces la patience des clefs
et des cages des portées,
tu libères les voix d'Europe
Ce poème adressé à l'illustrissimus magister polyphoniae en dit long. Grâce au minutieux travail de dépouillement des manuscrits que Paul van Nevel a effectué, les noms de Nicolas Gombert, Claude Le Jeune, Johannes Ciconia, Pierre de Manchicourt et tant d'autres ont acquis une certaine notoriété en dehors des milieux musicologiques. Grâce au travail dans les bibliothèques, les interprétations de l'Ensemble Huelgas sont toujours très précises et érudites.
Ces interprétations sont par ailleurs nourries d'une connaissance approfondie des normes musicales du Moyen-âge et de la Renaissance. Et il ne s'agit pas seulement d'une maîtrise infaillible des anciennes notations de texte et de musique : Paul Van Nevel situe la musique dans la manière de penser qui structurait le savoir à l'époque où elle a été écrite. Ainsi, il a étudié la théorie de la rhétorique, il a analysé la théorie des tempéraments dans les traités du célèbre scholastique médiéval Albertus Magnus et dans le Teatro della memoria de l'humaniste italien Giulio Camillo Delminio et il a lu les grandes œuvres littéraires en vogue au moment où vivaient les compositeurs de son répertoire.
Le style de L'Ensemble Huelgas se caractérise par une extraordinaire clarté. Les douze voix sont individuellement mises en valeur, constituant ainsi un ensemble bien équilibré, tantôt puissant, tantôt tendre, souvent passionné. Le timbre l'Ensemble Huelgas est surnaturel et, en même temps, très naturel.
Il n'est pas étonnant d'ailleurs que Paul Van Nevel et l'Ensemble Huelgas soient couverts de prix : le « Prix Caecilia » de l'Union de la Presse Musicale Belge, le Choc de l'Année du Monde de la Musique, l'Edison, le Cannes Classical Award pour la musique ancienne, le Prix in honorem de l'Académie Charles Cros, une distinction de l'Union Européenne de Radio et une distinction de la Radio Canadienne. Quoique déjà très longue, cette liste est loin d'être complète. On trouve, de toute évidence, grand nombre des disques que le Huelgas enregistre très régulièrement pour Sony et Harmonia Mundi France dans les discothèques de chaque véritable mélomane.
Chaque fois que l'Ensemble Huelgas élève la voix, un événement particulier se produit. Il ne s'agit nullement d'un événement au sens d'un choc, d'un cri ou de quelque chose de sensationnel. C'est plutôt la réserve, l'émotion et sûrement l'humble étonnement devant la beauté étrangement familière et frémissante que l'Europe nous offre invariablement dès que l'esprit ingénieux de Paul Van Nevel la découvre, dès que sa main experte lève le diapason.
(Traduction : Eva De Volder)
Paul Van Nevel

(photos : Luk Van Eeckhout)
Paul Van Nevel est directeur artistique de l’Ensemble Huelgas, fondé en 1970 dans le prolongement de ses activités à la Schola Cantorum de Bâle. Approche interdisciplinaire des sources originales, faisant intervenir l’esprit de l’époque (littérature, prononciation ancienne, temperament et tempo, rhétorique…). Paul Van Nevel va à la recherche d’oeuvres inconnues, notamment les trésors oubliés de la polyphonie flamande. Il est professeur invité au Conservatoire de Hannover et dirige régulièrement d’autres formations, telles le le Nederlands Kamerkoor et le Choeur de la radio Danoise. Auteur d’une monographie de Johannes Ciconia et d’un ouvrage consacré à Nicolas Gombert. Il a également publié plusieurs transcriptions de musique de la Renaissance (Bärenreiter). Différentes distinctions, dont le Prix in Honorem de l’Académie Charles Cros (1994), plusieurs Diapasons D’Or (entre autres en 1996 pour Utopia triumphans), le Cannes Classical Award (Missa “L’Homme armé”, 1998), plusiers Choc du Monde de la Musique, plusiers Prix Caecilia de la presse musicale belge...
Direction poétique, directions poétiques
par Luuk Gruwez, poète belge
Si Paul Van Nevel avait pu décider de son propre destin, il aurait certainement choisi le métier d'écrivain. Il m'a raconté plus d'une fois que, en tant que musicien, il se consacre davantage à l'écriture qu'à la direction. De sa passion d'adolescent pour les vers de Jan Jacob Slauerhoff subsiste aujourd'hui non seulement son amour pour Lisbonne, mais aussi sa jalousie de tous les poètes.
Paul Van Nevel exerce avec la polyphonie un genre qui, tout comme la poésie, suscite non pas l'hystérie collective, mais l'intimité, ce qui implique qu'il opte pour la lenteur dans tous ses gestes. Jusqu'au niveau culinaire, il est très conscient de la différence entre slow- et fast-food. Et, cigarier dévoué, il n'est évidemment pas un homme de cigarettes, mais de cigares, non pas de ces quelques bouffées fugaces, mais d'un souffle long.
Paul Van Nevel (°1946) est le dernier-né d'une grande famille issue du Limbourg belge dont plusieurs membres étaient ou sont encore grands amateurs de musique. Les conséquences sont bien connues. Il suit d'abord une formation au conservatoire de Maastricht et se perfectionne ensuite, alors qu'il enseigne à la Schola Cantorum de Bâle, dans la notation. Non exempt du sens de la rébellion, il échange la prédilection paternelle pour l'agitation de Wagner contre l'intimité des Franco-Flamands tels Nicolas Gombert, Antoine Brumel et Cipriano de Rore. Et pour la musique plus récente, Béla Bartók devient son Dieu et non pas Gustav Mahler, pour ne citer qu'un exemple, « car Mahler - je n'aime pas toujours le lui entendre dire - Mahler a un côté trop Sachertorte. »
Il s'est avéré que la naissance de Paul Van Nevel marque non seulement l'arrivée d'un chef éminent, mais aussi la venue au monde d'un homme qui tente de diriger la vie entière par son épicurisme contagieux. Un musicien n'a évidemment rien d'un agent de la circulation, mais qu'il me soit arrivé de le voir s'arrêter avec son incorrigible naturel en plein milieu d'un boulevard de Lisbonne, pour s'assurer que je puisse traverser en toute sécurité avec ma bien-aimée, n'est pas uniquement drôle. C'est surtout emblématique de son caractère généreux et charismatique. L'art et la vie, il essaie de les entrelacer, quoiqu'on ait assez souvent l'impression qu'il investit toute sa maîtrise dans la musique, et qu'il ne lui importe guère s'il n'en reste que peu pour la vie. Dans la musique par contre, il n'est quasiment personne qui incorpore à sa façon la grandeur du geste et la subtilité des moindres nuances.
Il dirige comme si, à l'aube des temps, quelque chose avait - par malchance - terriblement mal tourné, comme si il devait à présent apporter les retouches nécessaires. Là aussi, il semble proche des poètes, car tout aussi conservateur qu'eux, il refuse d'accepter qu'une chose soit pour ainsi dire passée avant qu'elle n'ait eu lieu. C'est sûrement pour cette raison qu'il leur attribue si souvent des émotions qui sont pour lui essentiellement musicales. C'est pour cette raison également qu'il associe systématiquement les poètes à la mélancolie, l'émotion la plus musicale qui soit. La traduction de la notion portugaise de saudade par le mot « mélancolie » n'est inévitablement qu'un pis-aller. Mais l'amour que Paul Van Nevel porte précisément au fado, la mise en musique de cette saudade, est notoire. La musique qu'il dirige est par ailleurs, elle aussi, nourrie d'une saudade insaisissable dans les mots. Ou, paraphrasant Novalis, c'est une tristesse digne de fierté, une tristesse qui nous rappelle nos origines spirituelles.
Paul Van Nevel est un homme de la nuit, moi du jour. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de recevoir au moment du petit-déjeuner un coup de fil au cours duquel il me confie qu'il doit aller se coucher. Quelque différente que soit notre attitude envers le jour et la nuit, nous partageons la même manie de la collection de moments. Bien que son crépuscule soit mon aurore, nos soleils caressent les mêmes horizons. Et entre temps, Paul est un homme du début, et moi de la fin. Ou est-ce l'inverse ? Sans doute aimons-nous avec la même intensité le début et la fin, les moments qui sont vraiment importants.
Le lieu et le temps, voilà, si l'on veut définir son identité, les deux choses qui importent vraiment. Et ensuite, pour un artiste du moins, l'obsession de la collection qui les accompagne. Et aussi la manière dont la poésie rassemble, et la manière dont la musique rassemble. La vie est faite de morcellement, et un vers, un fado ou une église gothique tentent de restaurer l'ordre de ce qui est menacé d'éparpillement. L'artiste et la mort entrent en concurrence. L'art, la musique et sans doute chaque forme de créativité doivent offrir une forme sérénité en ordonnant le désordre. Un des charmes de Van Nevel est qu'il laisse l'absence s'infiltrer dans sa vie, pour la sublimer ensuite en un atout. Cet atout est sa musique, invariablement le produit d'un lieu précis et d'un temps précis.
Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de choses qui animent davantage les gens que leur désir de trouver pour toute chose une place et un moment définitifs. Le définitif n'étant évidemment qu'une illusion. Paul Van Nevel me revient néanmoins à l'esprit, et ce n'est pas un endroit unique ni un moment unique qu'il recherche. Il veut que cet instant reste, que ce lieu reste. Il appartient à la terre et il veut l'éternité de cette terre, il veut défaire tous les instants de la terre de leur instantanéité. Tout comme un poète, en somme. Paul Van Nevel s'incline devant les poètes qu'il admire, convaincu de l'infériorité des notes. Je m'incline à mon tour devant le poète en lui, car je suis persuadé que ce ne sont jamais les notes qui sont inférieures, mais les mots.
(Traduction Eva De Volder)