Cour du Palais Granvelle
96, grande rue, Besançon
Le Palais Granvelle fut élevé de 1534 à 1540 pour Nicolas Perrenot de Granvelle, premier conseiller d'Etat et garde des sceaux de l'empereur Charles Quint. Des recherches récentes permettraient aujour-d'hui d'en attribuer les plans à l'architecte flamand van Oyen, dont le fils Jacques termina et décora l'édifice. Les Granvelle rassemblèrent dans cette demeure de magnifiques collections de tableaux, d'an¬tiques et de livres qui furent dispersées au XVIIe siècle et dont une partie forme aujourd'hui le fonds primitif de la bibliothèque municipale et du musée des Beaux-Arts. Devenu l'hôtel du gouverneur de la pro¬vince après la conquête française, le palais fut affecté pendant trois jours, en 1683, au logement du roi Louis XIV. C'est l'un des gouverneurs, le duc de Tallard, qui ouvrit le jardin aux Bisontins dans la première moitié du XVIIIe siècle (voir à Promenade Granvelle) et qui installa le théâtre dans les bâtiments en 1740, puis l'académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts en 1752. Le palais Granvelle fut ensuite vendu comme bien national pendant la Révolution, racheté par la ville en 1864 et converti en musée d'histoire de la Franche-Comté après la dernière guerre.
La grande façade du palais sur la rue est divisée en cinq travées verticales que recoupent horizontale¬ment des moulures. E1Ie est encore redevable au style de la première Renaissance, italianisant, léger, fantaisiste et influencé par le moyen âge: c'est le cas par exemple du décor du rez-de-chaussée ou de l'exubérance gothique des lucarnes. Le classicisme de la seconde Renaissance apparaît toutefois dans l'utili¬sation des colonnes superposées aux ordres divers, ou dans le ressaut que dessinent les moulures horizontales au droit de ces colonnes. En retour sur la rue de la Préfecture, le mur de pignon s'orne de pas-de-moi¬neau dans le goût flamand.
On remarquera sur la partie droite de la façade, au rez-de-chaussée, la date du début des travaux, 1534, et la devise de N. Perrenot de Granvelle : « Sic visum superis » (Ainsi l'ont voulu les dieux). Le portail est sommé d'un cartouche où figurèrent jusqu'à la Révolution les armes de Granvelle: au-¬dessus de l'écu se voyait l'aigle impériale à deux têtes, dont les ailes éployées se devinent encore dans la pierre. Un passage voûté d'arête donne accès à la cour du palais, grand quadrilatère bordé d'arcades en anse de panier reposant sur des colonnes toscanes. Au centre se dressait une fontaine qu'une sirène de bronze, attribuée au meilleur sculpteur comtois de la Renaissance, Claude Lullier, alimentait alors en eau. Cette petite statue s'appuyait à une colonnette qui servait de support à une antique représentant Jupiter (aujourd'hui au Louvre). Si la fontaine n'existe plus, nous conservons toujours à Besançon la sirène de Lullier, dans la fontaine du XVIIIe siècle où elle fut remployée. Au¬-dessus du premier étage des bâtiments, se développait sur les quatre côtés de la cour une galerie ouverte dont les petites colonnes recevaient un toit orné de lucarnes, de cheminées et de tuiles vernissées de couleur. On pourra lire sur les pilastres qui rythment ce premier étage la date de 1540 (fin des travaux de la cour), la devise de N. de Granvelle, déjà citée: Sic visum superis, et, semble-t-il, le monogramme de Jacques van Oyen (I.O.A.: (J) acques van (0) yen, (A) rchitecteur).
Dans l'aile sud s'ouvre le vestibule; il est occupé par un escalier d'honneur à volées droites, parallèles et palier droit, nouveauté pour l'époque, qui conduit aux anciens appartements de l'étage (musée histori¬que). Il faut les imaginer tels qu'ils étaient autrefois, avec leurs carreaux de couleur sur le sol, leurs plafond peints, les petits verres à plomb de leurs fenêtres ; il faut, par la pensée, orner ces pièces des meubles, des tapisseries, des tableaux, des sculptures, des massacres qu'on y voyait. La galerie du premier étage, qui se développe dans les quatre ailes, a conservé quelques éléments du décor primitif, mé¬daillons de marbre rouge jaspé où se détache un profil d'empereur romain en marbre blanc.
© L.Estavoyer, J.P. Gavignet, Besançon, ses rues ses maisons, guide historique et artistique, éd. Cêtre, Besançon 1892
96, grande rue, Besançon
Le Palais Granvelle fut élevé de 1534 à 1540 pour Nicolas Perrenot de Granvelle, premier conseiller d'Etat et garde des sceaux de l'empereur Charles Quint. Des recherches récentes permettraient aujour-d'hui d'en attribuer les plans à l'architecte flamand van Oyen, dont le fils Jacques termina et décora l'édifice. Les Granvelle rassemblèrent dans cette demeure de magnifiques collections de tableaux, d'an¬tiques et de livres qui furent dispersées au XVIIe siècle et dont une partie forme aujourd'hui le fonds primitif de la bibliothèque municipale et du musée des Beaux-Arts. Devenu l'hôtel du gouverneur de la pro¬vince après la conquête française, le palais fut affecté pendant trois jours, en 1683, au logement du roi Louis XIV. C'est l'un des gouverneurs, le duc de Tallard, qui ouvrit le jardin aux Bisontins dans la première moitié du XVIIIe siècle (voir à Promenade Granvelle) et qui installa le théâtre dans les bâtiments en 1740, puis l'académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts en 1752. Le palais Granvelle fut ensuite vendu comme bien national pendant la Révolution, racheté par la ville en 1864 et converti en musée d'histoire de la Franche-Comté après la dernière guerre.
La grande façade du palais sur la rue est divisée en cinq travées verticales que recoupent horizontale¬ment des moulures. E1Ie est encore redevable au style de la première Renaissance, italianisant, léger, fantaisiste et influencé par le moyen âge: c'est le cas par exemple du décor du rez-de-chaussée ou de l'exubérance gothique des lucarnes. Le classicisme de la seconde Renaissance apparaît toutefois dans l'utili¬sation des colonnes superposées aux ordres divers, ou dans le ressaut que dessinent les moulures horizontales au droit de ces colonnes. En retour sur la rue de la Préfecture, le mur de pignon s'orne de pas-de-moi¬neau dans le goût flamand.
On remarquera sur la partie droite de la façade, au rez-de-chaussée, la date du début des travaux, 1534, et la devise de N. Perrenot de Granvelle : « Sic visum superis » (Ainsi l'ont voulu les dieux). Le portail est sommé d'un cartouche où figurèrent jusqu'à la Révolution les armes de Granvelle: au-¬dessus de l'écu se voyait l'aigle impériale à deux têtes, dont les ailes éployées se devinent encore dans la pierre. Un passage voûté d'arête donne accès à la cour du palais, grand quadrilatère bordé d'arcades en anse de panier reposant sur des colonnes toscanes. Au centre se dressait une fontaine qu'une sirène de bronze, attribuée au meilleur sculpteur comtois de la Renaissance, Claude Lullier, alimentait alors en eau. Cette petite statue s'appuyait à une colonnette qui servait de support à une antique représentant Jupiter (aujourd'hui au Louvre). Si la fontaine n'existe plus, nous conservons toujours à Besançon la sirène de Lullier, dans la fontaine du XVIIIe siècle où elle fut remployée. Au¬-dessus du premier étage des bâtiments, se développait sur les quatre côtés de la cour une galerie ouverte dont les petites colonnes recevaient un toit orné de lucarnes, de cheminées et de tuiles vernissées de couleur. On pourra lire sur les pilastres qui rythment ce premier étage la date de 1540 (fin des travaux de la cour), la devise de N. de Granvelle, déjà citée: Sic visum superis, et, semble-t-il, le monogramme de Jacques van Oyen (I.O.A.: (J) acques van (0) yen, (A) rchitecteur).
Dans l'aile sud s'ouvre le vestibule; il est occupé par un escalier d'honneur à volées droites, parallèles et palier droit, nouveauté pour l'époque, qui conduit aux anciens appartements de l'étage (musée histori¬que). Il faut les imaginer tels qu'ils étaient autrefois, avec leurs carreaux de couleur sur le sol, leurs plafond peints, les petits verres à plomb de leurs fenêtres ; il faut, par la pensée, orner ces pièces des meubles, des tapisseries, des tableaux, des sculptures, des massacres qu'on y voyait. La galerie du premier étage, qui se développe dans les quatre ailes, a conservé quelques éléments du décor primitif, mé¬daillons de marbre rouge jaspé où se détache un profil d'empereur romain en marbre blanc.
© L.Estavoyer, J.P. Gavignet, Besançon, ses rues ses maisons, guide historique et artistique, éd. Cêtre, Besançon 1892